Je sortis prestement de l'hôtel, fébrile alors que je hélai un taxi sans amabilité aucune, nauséeuse lorsque que je lui jetais sans façon l'adresse d'une voix blanche ; tremblante tandis que je contemplais mes doigts secoués de spasmes, m'assurant maladroitement qu'il ne remarquait rien. L'adresse était fausse, bien entendu, et j'espérais pouvoir trouver un stratagème avant qu'il n'en prenne conscience et ne se retourne vers moi, alerté par mon comportement des plus étranges. Elle était encore assoupie, là-haut, inerte et splendide aux pastels de l'aube se reflétant à travers les minces rideaux de soie. La pâleur matinale devait adoucir ses traits fins, ses joues tendres, ses courbes minces, son poing qui tenait fermement serré le drap soulignant encore davantage son impudeur. La beauté suprême et absolue. Je ne pouvais m'empêcher de regretter la précipitation dans laquelle j'avais dû partir, contrainte alors de négliger de la coucher sur toile, dans toute cette magnificence éclatante, immobile et docile. Ô ma superbe ! Je sortis discrètement l'imprécis et traître croquis de la poche de ma veste, laquelle était encore imprégnée de sueur et d'odeur de tabac froid. L'esquisse ne représentait ma saphique muse que mollement, sur fond de crainte effarée, dans le glacial d'une démence déjà rassasiée, poisseuse, presque écoeurante par elle-même. Bientôt, lorsque la femme de service passerait et la découvrirait ainsi, tendrement endormie, pelotonnée sur son flan gauche, elle s'effacerait sur la pointe des pieds, attendant que ma douce daigne se réveiller. Les cafés ouvriraient leur devanture, les lampadaires laisseraient place au premier rayon de soleil, des cachés-croisés d'innombrables passants monteraient des bruits parvenus jusqu'à sa fenêtre, en haut, que j'avais omis de fermer dans mon empressement. Au milieu de cette effervescence, elle aurait presque l'air vivante.
Misère & Arsenic.
mardi 4 mars 2014
vendredi 18 octobre 2013
Se maudire, sans mot dire.
Je marchais au soleil chaud du boulevard, sale et brut et suffoquant, et je pensais à toi, qui suffoque, qui perd pied. En marchant, et je pense à mon cerveau qui boîte, lui aussi, de temps en temps. Sommes nous écrivains, poètes amis, ou simples miroirs de nos espérances ?
J'ai peur de pleurer ton corps couvert de cicatrices, ton humour grinçant, l'affection que je te porte, l'affection que je te dois. Quand tu m'as accueillie, couverte de haine, tu n'as rien dit, toi qui savait, qui revenait de plus loin encore, toi qui savait qu'il ne fallait rien dire et attendre que j'arrête de trembler. La haine revient, parfois, dans le gâchis de mes souvenirs, une amante dont j'ai oublié les contours. Il n'y a plus de masure, sous les toits, plus assez d'alcool dont on ne peut guérir.
mercredi 19 juin 2013
Underwater hatred.
Il lui revenait encore, en rêve, parfois sans qu'elle n'y ai pensé, sans qu'elle n'ait pu lutter contre sa présence dans son avant-sommeil. Toujours chaleureuse, paternelle, et dotée d'une aura lumineuse qui la rendait irréelle. Au réveil, elle ne pouvait s'empêcher de penser que c'était ce qu'il était devenu, dorénavant. Irréel. Elle s'interdisait de penser à lui le jour durant ; et il s'invitait, lancinant et trompeur, dans ses rêves : il lui susurrait que c'était permis, qu'il n'y avait rien à craindre. Ou bien il semblait perdu, confus et il fallait alors qu'elle subisse ses déversements impuissants, le rassure, le prenne dans ses bras. Elle avait besoin de lui, semblait-il. Elle était perdue sans lui. Ces rêves là étaient les plus violents, les plus brutaux au réveil ; et ils lui laissaient le ventre tordu et la bile amère. En ouvrant les yeux, elle réalisait que son subconscient la mettait encore face à ses chimères. Il n'était ni confus, ni perdu et elle n'avait besoin de rassurer personne.
C'était l'imaginaire de ces anti-héros d'enfance qui lui avait donné ce goût de la protection, et maintenant c'était comme un coup de poignard dans le dos, le matin. Par une étrange alchimie, il lui arrivait parfois de ne voir que son amour presque incestueux, qui éclipsait tous les autres. Ils reprenaient leurs activités anciennes, et toute cette étrange complicité qui lie deux êtres quasi-morts, les situations connues d'eux seuls, cette fois où ivres, ils s'étaient réconciliés pour courir éperdus dans un champ, à la lueur de leurs torches de jonglage. Tout ceci lui revenait alors, et il n'y avait plus de trahison, plus de culpabilité. Il n'y avait que l'adoration éternelle, presque tragique ; celle qui ne se forme qu'aux abords de l'âge adulte, lorsque l'on n'a pas encore assez vécu pour comprendre qu'on se ment déjà, mais juste assez pour avoir goûté à l'immortalité trompeuse de l'âge.
Parfois enfin, les rêves ne suffisaient plus, et alors ils pensaient à eux en plein jour. Certains endroits, comme une cartographie de sensations, la rappelaient immanquablement à lui, ou à elle. Il s'interdisait de penser à elle, et espérait toujours stupidement, inconsciemment un rebrousse-chemin. Avec le temps, elle avait arrêté d'arpenter les quais de gare et les hall d'immeubles à sa recherche pour se blottir contre lui. Et elle restait maintenant assise, les yeux dans le vide, à sa place, sans comprendre vraiment comment il en était arrivé là. Il aurait aimé la revoir, mais aujourd'hui, il ne savait plus ce qu'il aurait bien pu lui dire. Les jours défilaient, le compteur tournait, il ne fallait surtout plus le remettre à zéro. Elle le savait tout aussi bien que lui. Ce souvenir qui venait jusque dans ses rêves, et qui la regardait, sans rien dire, toujours aussi tranchant et damné ... Peut-être encore était-elle, elle même, devenu un fantôme de son inconscient. Elle ne dirait rien, et il le fallait.
Le revoir, au hasard d'un événement inévitable. Préparés ou non, ce serait le choc violent de deux pans de vie abandonnés qui se rencontrent. Il y a un trouble évident à regarder la branche d'un futur possible qui a séché sur pied.
Parfois je me plais à imaginer les mots que nous pourrions nous adresser l'un à l'autre. Mais souvent rien ne me vient ; et les polichinelles qui actent dans mon crâne sont soudain privés de parole, désarticulés, condamnés à se regarder l'un et l'autre, condamnés à chercher dans les yeux de l'autre une solution qui n'a jamais existé. Il ne reste alors plus que l'oubli, la distance, le temps. Et la complaisance, l'horrible complaisance. La facilité lorsque l'on fait durer un regard, lorsque l'on prolonge un retard qui aurait dû s'achever plus tôt. Lorsque l'on se vide, étouffés d'horreur, et qu'on reste crispé, étendu sur un lit aux draps froissés et sales aux relents cauchemardesques, à contempler le terrible gouffre au fond duquel on est tombé. Il faudra encore beaucoup de temps pour que tout s'arrête, que même mon inconscient abdique, enfin. Combien d'années pour ce genre de brûlures au creux du ventre ? Combien d'années pour que tu disparaisses ? Combien d'années pour rattraper l'accroc ?
Il ne faudra sans doute jamais le revoir. Jamais le revoir.
lundi 6 mai 2013
Naked truth and automatic writing.
La réalisation la plus brutale, celle à laquelle il faut s'astreindre malgré tout, malgré soi, malgré l'existence qui n'attend personne, c'est de continuer à danser, danser et danser encore ; jusqu'à ce que nos pieds brûlent au bord du gouffre de la vie.
Quelle importance vraiment, quelle importance as-tu ? Quelle importance, la saison, les circonstances, les repères ? Tu es souvent là où je marche, dans une troublante coïncidence, dans ce vieux paysage qui n'est réellement là pour personne et qui s'offre, comme je m'étais plus ou moins offerte dans un moment d'égarement, sans vraiment te connaître et sans davantage m'en soucier. Je tente d'écrire les émotions arrachées à l'âme, dans des relents de stylistique un peu ridicule, lassée de croire que tout a fini par se volatiliser, au vent de poussière rouge. Avec le temps, comme dirait l'autre.
Je contemple les détails, je lis comme tu racontes, au gré des vestiges de quelques souvenirs qui ne tarissent pas. Tes sourires en coin, les traits tirés au café du matin, les agréables banalités de ton existence ; et tout ce qui me hante, enchaînée à ces bribes de fatalité, futiles et délibérées. Quelques lignes pour rien, pour rien du tout, à peine l'ombre de moi-même ; vagues d'amertume, nostalgie sourde des jours passés, à l'aube.
Mais l'ivresse, les passions éclopées, ça n'a jamais servi à personne ; et tu le sais aussi bien que moi. Le coeur serré comme un vieux tuyau, j'ai gardé inlassablement ce sentiment de fuite, presque omniprésent. Les fantasmes les plus troublants sont nimbés de mystère ; même ton nom, je crois, gâcherait tout. Et je baise sans grande conviction, avec ceux qui n'ont que l'unique défaut de ne pas être toi. Pour faire passer le temps, comme dirait l'autre. Quelle importance vraiment, quelle importance ont-ils ? Je souris vaguement, aux ondées nostalgiques déjà passées d'usure, par habitude un peu écornée. Dans un oubli trop simpliste et trop soudain pour ne pas être totalement feint.
Bien sûr, aujourd'hui j'écris seule, sans inspiration, nimbée dans ma propre indifférence. Que veux-tu, il ne faut pas effrayer les souvenirs.
Bien sûr, aujourd'hui j'écris seule, sans inspiration, nimbée dans ma propre indifférence. Que veux-tu, il ne faut pas effrayer les souvenirs.
mercredi 30 janvier 2013
Faux semblants.
C'est lugubre partout dans le village, la brume, elle aussi, réveillonne. Elle mange doucement le flanc des montagnes, glisse et rabote les aiguilles des gorges, gomme tranquillement nos souvenirs de l'été. Une chienne hurle, contrainte par le silence, un oiseau chante encore. Je pousse la fumée de ma cigarette vers les montagnes, comme si je pouvais moi aussi rejoindre la brume. Les perles de bruine se pendent au grillage, petites portées humides aux tétons de leur mère.
Hier dans la voiture, chevauchement des stations qui crisse dans l'habitacle, comme le bourdonnement de minuscules insectes. Aux informations ce matin, on nous dit que des hommes se tuent sur les routes de campagne. Ça semble étonner ceux qui meurent autrement.
Inscription à :
Commentaires (Atom)
