Je sortis prestement de l'hôtel, fébrile alors que je hélai un taxi sans amabilité aucune, nauséeuse lorsque que je lui jetais sans façon l'adresse d'une voix blanche ; tremblante tandis que je contemplais mes doigts secoués de spasmes, m'assurant maladroitement qu'il ne remarquait rien. L'adresse était fausse, bien entendu, et j'espérais pouvoir trouver un stratagème avant qu'il n'en prenne conscience et ne se retourne vers moi, alerté par mon comportement des plus étranges. Elle était encore assoupie, là-haut, inerte et splendide aux pastels de l'aube se reflétant à travers les minces rideaux de soie. La pâleur matinale devait adoucir ses traits fins, ses joues tendres, ses courbes minces, son poing qui tenait fermement serré le drap soulignant encore davantage son impudeur. La beauté suprême et absolue. Je ne pouvais m'empêcher de regretter la précipitation dans laquelle j'avais dû partir, contrainte alors de négliger de la coucher sur toile, dans toute cette magnificence éclatante, immobile et docile. Ô ma superbe ! Je sortis discrètement l'imprécis et traître croquis de la poche de ma veste, laquelle était encore imprégnée de sueur et d'odeur de tabac froid. L'esquisse ne représentait ma saphique muse que mollement, sur fond de crainte effarée, dans le glacial d'une démence déjà rassasiée, poisseuse, presque écoeurante par elle-même. Bientôt, lorsque la femme de service passerait et la découvrirait ainsi, tendrement endormie, pelotonnée sur son flan gauche, elle s'effacerait sur la pointe des pieds, attendant que ma douce daigne se réveiller. Les cafés ouvriraient leur devanture, les lampadaires laisseraient place au premier rayon de soleil, des cachés-croisés d'innombrables passants monteraient des bruits parvenus jusqu'à sa fenêtre, en haut, que j'avais omis de fermer dans mon empressement. Au milieu de cette effervescence, elle aurait presque l'air vivante.