C'est lugubre partout dans le village, la brume, elle aussi, réveillonne. Elle mange doucement le flanc des montagnes, glisse et rabote les aiguilles des gorges, gomme tranquillement nos souvenirs de l'été. Une chienne hurle, contrainte par le silence, un oiseau chante encore. Je pousse la fumée de ma cigarette vers les montagnes, comme si je pouvais moi aussi rejoindre la brume. Les perles de bruine se pendent au grillage, petites portées humides aux tétons de leur mère.
Hier dans la voiture, chevauchement des stations qui crisse dans l'habitacle, comme le bourdonnement de minuscules insectes. Aux informations ce matin, on nous dit que des hommes se tuent sur les routes de campagne. Ça semble étonner ceux qui meurent autrement.